Photo de Frédéric Labaune
L'ESCARGOT ET LA SALADE
Sous sa coquille l'escargot,
Au grand soleil crevait de chaud,
Attendant une ondée avec impatience,
Au ruissellement de l'eau prendrait aisance.
Il s'enquerrait d'une salade,
Car la chaleur le rendait malade.
Il ne progressait plus sur son pied,
La sècheresse freinait toute avancée.
Lors, il traversait un beau jardin,
Frôlant la menthe, caressant le thym,
Il se parfumait à la sauge, au romarin,
Et grignotait quelques pissenlits en chemin.
Aux premières lueurs de l'aube, dans la rosée,
Il se trouvait tout arrosé.
Sur les brins d'herbes quelques gouttes,
Humectaient le tracé de sa route.
Il surveillait les nouvelles pousses,
Que le jardinier repiquait en douce,
Pour ne pas attirer les familles
De limaces et de chenilles.
Un jour il découvrit une jeune laitue,
N'ayant que deux feuilles, fraîche et menue.
Son maigre feuillage était vert et tendre,
Il lui suffirait de l'étendre.
Alors, du haut de ses petites feuilles,
De peur, elle se mit à pleurer sur son deuil.
Ses larmes s'étendirent comme un linceul,
Sur ses racines naissantes puisant le sol.
"Pitié! M. l'Escargot, laissez-moi grandir!
J'aurai bientôt plus de feuilles à vous offrir,
Si grandes et si fermes que vous pourrez,
Sans trop d'effort, facilement vous y cacher.
Au nez et à la barbe de ce grand jardinier."
Devant tant de supplications, l'escargot résigné,
Renonça, tout de go, à la dévorer,
Et passa son chemin en quête d'autres denrées.
Au fil des jours, il la regardait grandir,
Pommer, s'ouvrir, et montait son désir,
Se contentant, bien malgré lui, de feuilles fanées,
Gisant à son pied, par le vent arrachées.
Son impatience était grande, comme son envie.
Chaque jour il passait, sa faim inassouvie.
"Mon amie, il me semble que vous êtes fin prête,
Alors, pouvons-nous, sans doute, commencer la fête."
Tout à coup, des pas retentirent dans l'allée,
Armé d'un couteau apparut le jardinier.
Il trancha net la salade, à son pied,
Elle finit ses jours dans un saladier.
Tristement, le pauvre escargot, sur le trognon,
Se nourrit de ses restes, d'un air grognon.
Un brin déçu, sans doute, de se voir subtiliser
Celle qu'il avait tant désirée.
Amoureux, pour déclarer votre flamme,
Il ne faut jamais faire attendre votre dame.
Il se pourrait qu'on vous coupe l'herbe sous le pied,
A force d'avoir tant hésité.
BLEDOR
Fable
(28 septembre 2010)
Source photo libre de droit : http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/biologie/photossql/photos.php
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GRISON Raymond (pseudo BLEDOR) Présent sur YouTube (bledor91), Dailymotion (element8), et Facebook
Voici une de mes maximes :
Plume aiguisée ne fait pas que chatouiller,
Elle sait aussi écorcher de l'autre côté.